dimanche 29 avril 2018

Mozart : une perle trouvée dans une oeuvre inconnue.



Il y a peu de temps, je lisais un texte sur Mozart où l'auteur parlait de Zaïde, un Singspiel tragique que le compositeur n’a pas terminé (un Singspiel, c’est un “opéra” chanté en allemand).
Mozart aimait bien suivre la tendance du jour quand il composait, et les Viennois préféraient nettement les oeuvres comiques à ce moment-là. Le compositeur, qui avait commencé Zaïde, l’a laissé tomber pour parler joyeusement de Turcs et de harem dans L’Enlèvement au sérail.
Zaïde est donc resté inachevé… mais pas cet air ravissant que j’ai découvert, pour ma plus grande joie!
Je vous raconte tout.
Quand j’ai vu le nom du Singspiel, j’ai cherché sur YouTube et je suis tombée sur une vidéo qui m’a complètement ravie!
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais très souvent, je découvre la vraie beauté d’une pièce après la deuxième ou troisième écoute. Pas cette fois! Ce fut une sorte de coup de foudre! Alors, je l’ai fait rejouer avec la même interprète, la soprano Mojca Erdmann, que j’ai découverte en même temps!
Et puis?
Après seulement deux écoutes, je l’ai fredonné toute la journée.
Ce n’est pas tout, je me suis levée le lendemain en le chantant et j’ai fait ça plusieurs jours de suite!
Dans le moment, il est encore dans ma tête.
Si vous “écoutez” bien mon texte, je vous le chante!
… Ruhe sanft….
Oui, je sais, j’ai une jolie voix! 😉
Plus sérieusement, qu’est-ce qui fait que la beauté d’une œuvre nous frappe en plein cœur et qu’une mélodie s’imprime en nous à jamais?
Hélas! Je n’ai pas de réponse à cette question.
Cela constitue un des mystères de la musique de Mozart.
Et puis moins sérieusement…
Je crois que si Mozart avait vécu maintenant, on l'aurait engagé pour faire des “jingles” pour les commerciaux!
Des jingles sublimes.
Wolfgang Amadeus Mozart - Zaïde K. 344 - Ruhe sanft, mein holdes Leben - Mojca Erdmann

dimanche 15 avril 2018

Olivier Messiaen, les mauvais pianos... et moi!

Olivier Messiaen, les mauvais pianos... et moi!
Il y a de cela fort longtemps, je donnais des concerts commentés. Je trouvais qu’une des choses les plus difficiles à faire, à part jouer les bonnes notes 😉, c’était de réussir à bien interpréter tout mon programme sur un instrument inconnu.
En effet, l’inconvénient lorsqu’on est pianiste, c’est qu’on ne peut pas transporter son instrument avec soi! Alors, on se retrouve parfois avec un piano de piètre qualité. Au début, je perdais toute ma concentration et je me battais avec l’instrument pour contrôler le son que je produisais.
Jusqu’à ce que je trouve une astuce.
Un jour, désespérée devant un piano mé-di-o-cre, il m’est venu une idée. Je me suis mise à lui parler avant de commencer mon concert :“pauvre petit piano, ce n’est pas de ta faute si tu joues si mal”. Et mon problème s’est réglé instantanément. J’ai arrêté de me battre avec l’instrument en essayant de lui demander ce qu’il n’était pas capable de faire. Et ça a marché!
(Je viens de penser qu’on devrait appliquer ça aux rapports entre êtres humains. Oups! Est-ce bien de mise dans un texte sur la musique classique? 😉)
Beaucoup plus sérieusement maintenant, je vous parle du jour où le compositeur Olivier Messiaen s’est retrouvé lui aussi devant un mauvais piano, mais dans des circonstances nettement plus dramatiques. Il a été fait prisonnier dans un camp allemand, lors de la deuxième guerre mondiale. Il avait alors accès à un piano dont plusieurs notes ne jouaient tout simplement pas, un violoncelle avec 3 cordes au lieu de 4 et ainsi de suite. En utilisant 4 instruments brisés, il a composé ce qui allait devenir une de ses pièces les plus connues : le Quatuor pour la fin du Temps.
Un chef d’oeuvre.
La première eut lieu le 15 janvier 1941 au Stalag VIII A du camp de Görlitz en Silésie. Ils ont joué devant 5000 prisonniers polonais, français, belges de toutes les classes de la société et dans un silence total.
Aujourd’hui, je vous ai trouvé une interprétation exceptionnelle de ce quatuor avec notamment la clarinettiste Sabine Meyer (en solo à 8:19). Vous remarquerez le dernier mouvement pour violon et piano qui est particulièrement bouleversant. L’oeuvre se termine dans un long silence de l’auditoire comme j’ai rarement entendu dans toutes mes recherches sur YouTube.
Tout ceci me donne envie de vous citer Sacha Guitry : “Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui”. Cette phrase s’applique aujourd’hui à Olivier Messiaen.
Olivier Messiaen - Quatuor pour la fin du Temps (1940-1941) - Antje Weithaas (violon), Sol Gabetta (violoncelle), Sabine Meyer (clarinette), Bertrand Chamayou (piano)
Louange à l’Immortalité de Jésus (39:55 jusqu’à la fin)

https://www.youtube.com/watch?v=QAQmZvxVffY


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dimanche 8 avril 2018

Incapacité de chanter plus de 5 notes d'un leitmotiv : une honte!

Je suis musicienne, professeure de piano.
En principe, je devrais être capable de retenir un air simple.
Eh bien, j’ai honte de le dire, je me suis retrouvée devant une incapacité totale à chanter un des leitmotivs de l’opéra Parsifal de Wagner. (Leitmotiv : un mot allemand qui veut dire “motif dominant”. Chez Wagner, c’est une petite phrase musicale qui revient tout au long d’une œuvre.)

Je bloquais donc au bout des 5 premières notes du leitmotiv.
C’est tout ce que j’arrivais à retenir!
Pour essayer de trouver une solution je suis allée le jouer au piano, je l’ai écrit, etc.
Rien à faire!
Après une heure de pause, nouvel essai : 5 notes et le blanc de mémoire.
Je vais vous faire un aveu, je ne l'ai pas dit à personne.
Si je l’avoue aujourd’hui, c’est bien parce que c’est vous! 😉
Et je vous mets au courant parce que j’ai trouvé la solution à mon problème!
La voici.
De par mon métier, je connais beaucoup mieux le répertoire du piano que celui de l’opéra. Après quelques jours de noirs tourments (n'exagérons rien quand même 😁), je me suis mise à fredonner machinalement un Intermezzo de Brahms : le premier de l’opus 117.
Eh bien, il commence EXACTEMENT de la même façon!
Mon cerveau possédait depuis longtemps cet air de Brahms et lorsque je commençais à chanter le leitmotiv de Wagner, Brahms prenait sa place! D’où le “blocage neurologique”.
Étonnant? Non?
Et encore plus étonnant, ces deux pièces ont été composées à 10 ans d’intervalle : Parsifal en 1882 et l’Intermezzo en 1892.
C’est ce que j’appelle une charmante coïncidence.

Hum… et je dois vous avouer autre chose.
Je vous ai raconté ce fait réel, pour vous inciter à écouter deux oeuvres plutôt qu’une cette semaine!
Je suis bien ratoureuse (le mot ratoureuse veut dire très rusée en québécois).
Alors, “bonnes écoutes” au pluriel!

Le leitmotiv se trouve à 5:34 dans l’enregistrement qui suit.
Richard Wagner - Parsifal - Prélude de l’acte 1 - Herbert von Karajan



Johannes Brahms - Intermezzo op. 117 no. 1 - András Schiff