dimanche 15 avril 2018

Olivier Messiaen, les mauvais pianos... et moi!

Olivier Messiaen, les mauvais pianos... et moi!
Il y a de cela fort longtemps, je donnais des concerts commentés. Je trouvais qu’une des choses les plus difficiles à faire, à part jouer les bonnes notes 😉, c’était de réussir à bien interpréter tout mon programme sur un instrument inconnu.
En effet, l’inconvénient lorsqu’on est pianiste, c’est qu’on ne peut pas transporter son instrument avec soi! Alors, on se retrouve parfois avec un piano de piètre qualité. Au début, je perdais toute ma concentration et je me battais avec l’instrument pour contrôler le son que je produisais.
Jusqu’à ce que je trouve une astuce.
Un jour, désespérée devant un piano mé-di-o-cre, il m’est venu une idée. Je me suis mise à lui parler avant de commencer mon concert :“pauvre petit piano, ce n’est pas de ta faute si tu joues si mal”. Et mon problème s’est réglé instantanément. J’ai arrêté de me battre avec l’instrument en essayant de lui demander ce qu’il n’était pas capable de faire. Et ça a marché!
(Je viens de penser qu’on devrait appliquer ça aux rapports entre êtres humains. Oups! Est-ce bien de mise dans un texte sur la musique classique? 😉)
Beaucoup plus sérieusement maintenant, je vous parle du jour où le compositeur Olivier Messiaen s’est retrouvé lui aussi devant un mauvais piano, mais dans des circonstances nettement plus dramatiques. Il a été fait prisonnier dans un camp allemand, lors de la deuxième guerre mondiale. Il avait alors accès à un piano dont plusieurs notes ne jouaient tout simplement pas, un violoncelle avec 3 cordes au lieu de 4 et ainsi de suite. En utilisant 4 instruments brisés, il a composé ce qui allait devenir une de ses pièces les plus connues : le Quatuor pour la fin du Temps.
Un chef d’oeuvre.
La première eut lieu le 15 janvier 1941 au Stalag VIII A du camp de Görlitz en Silésie. Ils ont joué devant 5000 prisonniers polonais, français, belges de toutes les classes de la société et dans un silence total.
Aujourd’hui, je vous ai trouvé une interprétation exceptionnelle de ce quatuor avec notamment la clarinettiste Sabine Meyer (en solo à 8:19). Vous remarquerez le dernier mouvement pour violon et piano qui est particulièrement bouleversant. L’oeuvre se termine dans un long silence de l’auditoire comme j’ai rarement entendu dans toutes mes recherches sur YouTube.
Tout ceci me donne envie de vous citer Sacha Guitry : “Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui”. Cette phrase s’applique aujourd’hui à Olivier Messiaen.
Olivier Messiaen - Quatuor pour la fin du Temps (1940-1941) - Antje Weithaas (violon), Sol Gabetta (violoncelle), Sabine Meyer (clarinette), Bertrand Chamayou (piano)
Louange à l’Immortalité de Jésus (39:55 jusqu’à la fin)

https://www.youtube.com/watch?v=QAQmZvxVffY


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