dimanche 16 décembre 2018

Pour l'anniversaire de Beethoven : sa 3e Symphonie!

Est-ce que je peux m'adresser à chacun de vous?
Personnellement?
Je ne sais pas quel est votre métier, votre profession, votre activité principale si vous êtes à la retraite, mais je voudrais vous demander de faire une petite expérience.
Vous allez imaginer que bientôt vous allez perdre quelque chose d’essentiel à votre métier, notre profession, à votre vie.
Vous allez imaginer que vous avez 31 ans et que votre carrière s’est amorcée d’une très belle façon.
Maintenant, disons que vous vous appelez Ludwig van Beethoven et que le médecin confirme ce dont vous vous doutiez depuis quelques années : peu à peu vous allez devenir sourd.
Lorsque le compositeur a été mis au courant du pronostic dramatique de sa maladie, il est parti se reposer en banlieue de Vienne, à Heiligenstadt. Il était complètement dévasté et a pensé au suicide. Il a alors écrit une lettre à ses frères pour leur dire son désespoir. Cependant, il ne l’a jamais envoyée. On l’a retrouvée dans ses papiers après sa mort.
Voici le texte de ce document qui a été appelé par les biographes : le Testament d’Heiligenstadt.
https://fr.wikisource.org/wiki/Testament_de_Heiligenstadt

Beethoven n’a pas mis fin à ses jours et, étonnamment, à la suite de cet immense désespoir, il a composé une des ses œuvres les plus optimistes et éclatantes de vie : la 3e Symphonie.
Je vous la présente aujourd’hui.
Si les mathématiques n’ont pas de secrets pour vous 😉, vous venez de conclure que les 5e, 6e, 7e et 9e Symphonies, les pièces les plus populaires de tout le répertoire classique, ont été composées APRÈS cet épisode.
Et si la logique n’a pas de secrets pour vous 😉, vous venez de conclure que Beethoven a composé ces immenses chefs d’oeuvre alors qu'il devenait de plus en plus sourd.
On peut parler de résilience, de courage… en tout cas, d’un exemple à suivre quand la vie ne fait pas de cadeaux.
Aujourd’hui, exceptionnellement, je vous propose de visionner une partition déroulante de cette 3e Symphonie. Une partition déroulante? Pendant que l’œuvre est jouée, vous allez voir exactement ce que le chef a devant lui quand il dirige.
Et si vous voulez bien jeter un coup d’œil et repérer les notes en haut des lignes qui commencent par une clé de sol, je vous demande d’avoir une petite pensée pour Ludwig van Beethoven qui les a écrites SANS EN ENTENDRE UNE SEULE.
Il venait de perdre complètement la perception des sons aigus.
Toute cette symphonie est géniale mais si vous n’avez pas beaucoup de temps, je vous propose d’aller directement au quatrième et dernier mouvement à 36:07. Il porte en lui cette énergie retrouvée, décuplée par ce désir de vivre malgré le handicap… malgré tout.
Je termine cette publication en vous souhaitant de très belles fêtes!
On se retrouve en janvier!
Ludwig van Beethoven - Symphonie no 3 en mi bémol majeur - opus 55 - 4e mouvement (36:07) - Herbert von Karajan - Orchestre philharmonique de Berlin.

dimanche 2 décembre 2018

Un enregistrement exceptionnel : Emanuel Ax, Leonidas Kavakos, Yo-Yo Ma

La plupart du temps, je vais aux concerts avec une amie musicienne qui possède une très, très, très bonne oreille. Et… je peux ajouter humblement que mon oreille n’est pas mal non plus. 😉
Un soir, à la fin d'un concerto, nous nous sommes regardées toutes les deux et nous n’avons prononcé qu’un seul mot : WOW! Et ce, sans consultation préalable. On ne se consulte pas beaucoup pendant un concert!
Nous venions de découvrir le violoniste Leonidas Kavakos!
Il semble que nous ne soyons pas les seules à le trouver exceptionnel : deux très grands interprètes l’ont repéré avant nous! Le violoncelliste Yo-Yo Ma et le pianiste Emanuel Ax ont même décidé d’enregistrer un disque avec lui : les trios pour piano et cordes de Johannes Brahms. Je vous en présente un extrait aujourd’hui : le premier mouvement du Trio en si majeur opus 8.
Je suis toujours fascinée par le fait que des musiciens qui font carrière comme solistes arrivent un jour à jouer ensemble. Des femmes et des hommes qui passent leur vie à pratiquer dans la solitude, et qui soudainement, trouvent du temps et de l’énergie pour préparer collectivement une œuvre de musique de chambre : ça m’impressionne au plus haut point! Comment peuvent-ils synchroniser leurs différents horaires d’artistes internationaux?
Et puis, je trouve que cet enregistrement d’Emanuel Ax, Yo-Yo Ma et Leonidas Kavakos a quelque chose en commun avec le trio de Brahms.
Je vous explique...
De par son numéro d’opus, on pourrait croire que ce trio est une œuvre de jeunesse, mais pas tout à fait. Le compositeur l’a écrit en 1853 à l’âge de 20 ans et il a retravaillé en 1891. Brahms a repris sa plume pour « recomposer » cette pièce à la fin de sa vie.
Pour quelle raison?
Pour la même raison qui a poussé 3 musiciens « qui avaient bien d’autres choses à faire » à enregistrer l’œuvre en question...
Ce sont deux gestes gratuits!
… Juste pour la beauté de la musique…
Je termine ici avec une petite anecdote.
Quelques mois après ce concert où je l’ai entendu une première fois, je ne me rappelais plus du nom de ce violoniste exceptionnel. Je me souvenais cependant de sa nationalité. J’ai tapé sur Google « violoniste grec » et son nom est apparu immédiatement : Leonidas Kavakos.
J’ai eu alors un soupir de soulagement!
Une chance que ce n’était pas un “violoniste russe”...
Je chercherais encore!

dimanche 18 novembre 2018

Erich-Wolfgang Korngold : Die tote Stadt

Aujourd’hui, j’ai envie de vous faire connaître un compositeur et une de ses oeuvres.
Et j’ai très envie que vous tombiez en bas de votre chaise!  

Le compositeur : Erich-Wolfgang Korngold
L’oeuvre : Die tote Stadt (La ville morte)

J’ai fait écouter ce petit 5 minutes 59 secondes plusieurs fois, à plusieurs personnes différentes et la réaction est toujours la même : une très grande émotion!

Korngold était une sorte de compositeur enfant prodige. Il a écrit Die tote Stadt (La ville morte) à 23 ans et il possédait déjà un style bien à lui!

Et quand je pense à Korngold, je suis toujours extrêmement triste. Il était juif et a dû quitter l’Autriche à cause de la montée du nazisme. Il a émigré aux États-Unis où il est devenu compositeur de musique de film pour gagner sa vie. C’est lui qui a directement inspiré des musiciens comme John Williams.
Mais hélas, dans sa production hollywoodienne, on ne retrouve plus le son qui était le sien… ou si peu...

Que serait devenu Erich-Wolfgang Korngold travaillant à Vienne toute sa vie?
Comment cet immense talent se serait-il épanoui?
Je vous laisse l’imaginer...

Vous pouvez vous consoler en écoutant l’extrait présenté à la toute fin de mon texte.

Et si, tout comme moi, vous avez un coup de foudre après ces 6 minutes, je vous propose l’opéra AU COMPLET :

Die tote Stadt (La ville morte) sera présentée au Théâtre du Capitole à Toulouse du 22 novembre au 4 décembre prochain. “Courez vite” acheter des billets sur Internet si vous appartenez à l’une de ces 2 catégories :
  1. Vous habitez en Europe et votre horaire vous permet d’y aller.
  2. Vous habitez au Québec et vous êtes très riche!

Oui, j’habite au Québec mais… je ne remplis pas vraiment la deuxième condition! 😉

Erich-Wolfgang Korngold - Die tote Stadt (La ville morte) op. 12 - Mariettas Lied - Arr. Bengt Forsberg -  Anne Sofie von Otter


dimanche 4 novembre 2018

Un concerto qui est bon pour la santé !


Saviez-vous que le compositeur Felix Mendelssohn a :
- joué du piano avec la reine Victoria,
- sorti Jean-Sébastien Bach de l'oubli,
- écrit un très beau concerto « qui est bon pour la santé » 😉?

Tout d’abord, à tout seigneur tout honneur : la reine!
Mendelssohn fréquentait la reine Victoria et le prince Albert. Il faisait régulièrement de la musique avec eux et a adapté cette « Romance sans paroles » pour sa célèbre amie. Il en a fait un petit duo : le piano à 2 mains s’est transformé en piano à 4 mains. La reine jouait tranquillement la partie Prima (l’air connu) et le compositeur l’accompagnait avec la partie plus difficile.
Voici la version non-royale... jouée par un seul interprète!

https://www.youtube.com/watch?v=WzMhb7F5Txw

Jean-Sébastien Bach maintenant!
La musique de Bach, mort en 1750, a été ressuscitée par Mendelssohn 79 ans plus tard! 79 ans! Plusieurs musiciens, dont Mozart, connaissaient très bien les compositions du vieux maître de Leipzig, mais personne ne les jouait en concert!
Étonnant quand même!
Felix Mendelssohn a osé programmer la Passion selon Saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach le Vendredi saint 1729. Il en a coupé des bouts parce qu’il trouvait ça trop long et a ajouté une clarinette! Pas certaine que les musicologues contemporains donneraient leur approbation… mais au moins IL A ÉTÉ LE PREMIER À JOUER BACH EN PUBLIC, et à partir de là tout le monde a suivi.
Juste pour ça, je remercie Mendelssohn tous les jours!

Et ma découverte...
Je vous présente le premier concerto pour piano de Felix Mendelssohn. C’est une composition énergisante, émouvante et qui demande beaucoup de virtuosité! De plus, elle très bien construite, ce qui ne gâte rien! Elle ne possède pas la passion tragique du concerto de Schumann (dont il était l’ami). Elle est cependant la preuve qu’on pas besoin de dégager tout le malheur du monde pour créer une œuvre romantique exceptionnelle!

Cet automne, j’ai donné plusieurs fois une conférence qui porte le titre suivant : “La musique qui fait du bien”. Alors, je peux vous affirmer en toute connaissance de cause : le premier concerto pour piano en sol mineur de Felix Mendelssohn est bon pour la santé! 😊


https://www.youtube.com/watch?v=i-Inv92TG3Y